Originaires de Suède, les brillants musiciens d'Agusa émergent au milieu des années 2010 en arborant une esthétique bien à eux et tout à fait... distinctive pour leur époque...
D'une part on se retrouve en effet entouré de sonorités familières, exhumées des Sixties et Seventies, dans un style psychédélique à tendance rétro... Et d'autre part, en association avec ce retour aux sources, on profite d'une subtile mouvance progressive qui vient marier folk moderne et références nordiques immédiatement identifiables...
Depuis « Högtid », leur premier opus de 2014, le groupe a déjà sorti une très jolie salve d'albums, tous composés de morceaux instrumentaux au rendu particulièrement attractif... Je vous recommande d'ailleurs chaudement l'écoute attentive de l'ensemble de ces disques, malheureusement inconnus du grand public et pourtant tous imprégnés d'une évidente qualité...
Je vais choisir ici d'inaugurer mes chroniques d'Agusa par leur album éponyme sorti en 2017, un album qui tient pour moi une place bien à part, car c'est tout simplement mon préféré du groupe... et vous allez comprendre pourquoi dès sa magnifique entame, "Landet Längesen"...
C'est par cette piste emblématique que j'ai découvert les Suédois, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle vous enveloppe directement d'un immense plaisir d'écoute... Elle représente un peu cette musique à la mélodie instantanée, au côté festif de grande classe, qu'on a l'impression d'avoir toujours connue mais dont on ne découvre véritablement les détails et la richesse qu'en y prêtant davantage attention...
D’entrée, la flûte traversière se place au centre du jeu en apportant majesté et enchantement... Puis, après une courte intro, le morceau se lance en plein folklore celtique et on comprend alors très rapidement que le groupe dispose d'un impressionnant collectif, à la complicité sans faille... À la suite d’une première disgression dans le monde psychédélique des années 70, le thème va revenir à bride abattue vers une géniale alliance guitare - flûte, laquelle aboutit finalement à la relance de la trame principale en passant par un superbe instant de convergence instrumentale... Et nous voici replongé dans l'ambiance des débuts, tournoyant au cœur de la célébration gaélique...
Enfin… Libération définitive et enflammée sur la conclusion : un splendide travail d'équipe, sachant valoriser chaque individualité, pour aboutir à une fusion qui révèle toute la magie des harmonies...
Beaucoup plus court et beaucoup plus concentré, "Sorgenfri" se charge de répondre à la première piste en nous propulsant sur une orbite virevoltante qui nous emporte dans un monde féérique rempli de grâce et de distinction... Un monde où les problèmes s'effacent pour ne laisser place qu'à l'émerveillement... En fait, le morceau est tellement efficace qu'on a l'impression qu'il dure bien plus que ses cinq minutes... La flûte est une fois encore à la manœuvre, accompagnée de sa cour impériale hors norme, le tout aboutissant à une somptueuse mosaïque musicale étonnamment envoutante et immersive...
Logé stratégiquement au milieu de l’ensemble, le troisième titre "Den förtrollade skogen" affiche, quant à lui, une approche sensiblement différente du reste de l'album, moins vibrante et plus exploratoire... Son début presque enfantin, assorti d'une touche orientale mystérieuse, nous place directement à l'orée d'une forêt enchantée aux origines énigmatiques... On se retrouve alors à louvoyer en toute fluidité, autour d'arbres séculaires qui pourraient très bien se laisser tenter de nous hypnotiser...
Le final est là encore d'une grande réussite : il matérialise notre arrivée au beau milieu d'une clairière illuminée, où les puissants rayons solaires marquent l'aboutissement du voyage initiatique...
Et puis, pour achever ce recueil, surviennent les derniers morceaux "Sagor Från Saaris" et "Bortom Hemom", qui portent tous les deux la marque de fabrique indélébile du groupe...
Le premier nous replonge dans l'univers des divinités Celtes, où dominent tout d'abord les sonorités claires, vives et tourbillonnantes... La flûte traversière parvient notamment à y dégager une émotion grandiose, incarnant parfaitement un conte à la beauté raffinée et à l'élégance joyeuse... avant néanmoins que montent les doutes, les craintes et les angoisses... Au bout de l'aventure, la fièvre finit par menacer dangereusement, à tel point que le dénouement final nous apparait comme particulièrement incertain...
Enfin, admirable épilogue sur "Bortom Hemom"... un long passage qui fonctionne extrêmement bien comme dernière envolée... On ressent de manière très nette que l'épopée touche à sa fin, et en même temps on en profite pour la rallonger au maximum...
Orgue et guitare entament un parcours de rédemption qui finit par sonner comme un nouveau départ, où les plus folles espérances deviennent possibles... Lorsque la flûte les rejoint, on ne peut que s'incliner et profiter à plein de ce dernier instant de ferveur personnifiant toute la magie d'Agusa, avec cette atmosphère éblouissante qui parvient à totalement éclipser le monde environnant...
La déferlante se poursuivra finalement jusqu'à ce que Jenny Puertas puisse laisser entrevoir un "Ouf" de soulagement, agissant comme symbole de la délivrance d'une performance euphorique...
Ma conclusion s'annonce limpide : « Agusa » est un disque étincelant, et un régal à savourer !
Je vais lui accorder 4,5 étoiles, en reconnaissant qu'il lui manquerait un tout petit quelque chose d'indiscutablement mémorable pour définitivement le consacrer... Reste que des albums d'un calibre pareil, modernes, éclatants et irrésistibles, on n'en croise vraiment, vraiment pas souvent...
Alors, à votre tour de vous lancer dans ces 44 minutes de bonheur musical, entre charme, délectation et fantaisie... Profitez pleinement et sans aucune limite de cette sublime odyssée, qui vous permettra une régénération inspirante et complète !