Aborder Ben Harper sur ce site, ça parait tellement naturel… Car Ben Harper, ça sonne Bien… Oui, Ben Harper, ça sonne Très Bien, et en prime il n’y a que lui pour sonner comme ça ! (En particulier sur son début de carrière)
Ça sonne si bien que son premier album « Welcome to the Cruel World » avait été très remarqué à sa sortie, au point d’apporter au guitariste une reconnaissance mondiale immédiate, et de lui fournir son premier immense classique : "Like a King", un morceau qui constituera par la suite un marqueur incontournable d’une majorité de ses concerts… Pourtant, il manquait une certaine constance à ce disque-là pour que la proposition soit complètement aboutie… Et ce petit manque sera en fait comblé seulement un an plus tard en 1995 avec « Fight For Your Mind », un recueil plein et accompli qui valide cette fois pour de bon le positionnement de l’artiste dans le Top Mondial !
Ben Harper… Ça sonne Méga Bien ! On en a la superbe illustration sur les deux introductions : la Folk "Oppression" à la guitare acoustique, et l’ultra-électrifiée "Ground On Down" où s’impose l’emblématique Weissenborn. À vrai dire, il ne suffit d’entendre que quelques nuances pour pouvoir identifier le bonhomme avec bonheur et certitude : sonorités claires, accords souvent répétés à l’envie, voix claire et envoûtante, et les Innocent Criminals qui envoient grave pour consacrer le tout ! Souvent, on peut d’ailleurs remarquer que dans ce groupe de feu, la basse et les percussions jouent un rôle déterminant… et ici, dans cette double introduction, on profite tour à tour de merveilleux exemples où ces deux instruments se retrouvent à la manœuvre !
Au passage, "Ground On Down", mais Quel Titre ! …Ce mariage entre la classe de Ben Harper et la Basse ultra en avant de Juan Nelson : du Grand Art !
Grosse, grosse entame, donc… Et c’est parti pour durer un moment……
……Mais malheureusement, ça ne durera pas éternellement non plus, car « Fight For Your Mind », c’est un album un peu séparé en deux parties assez distinctes : une première remarquable… Et une deuxième, disons, en deçà…
Pour embrayer sur la première partie, l’artiste y développe comme à son habitude un éclectisme assez marqué, et transforme le tout en une vraie réussite…
Sur "Another Lonely Day" et "Please Me Like You Want To", on se retrouve effleurer par une musicalité intimiste au toucher caractéristique, mais aussi et surtout avec le sentiment de recevoir, à l’écoute, petite trouvaille sur petite trouvaille (et c’est beau !)
Et puis, pour ce qui est de la facette Groove, citons "Gold To Me" : impressionnant de facilité… d’un naturel et d’une évidence qui laissent quelque peu interloqué ! Et côté Groove plus électrisé, "Excuse Me Mr." montre lui aussi une étonnante inspiration, où le jeu de Basse vaut là aussi son pesant de cacahuètes !
Mais la perle de l’album, ce n’est quand même pas compliqué de la trouver… Avec "Burn One Down", pour le coup, on ne peut être qu’en admiration devant le guitariste… J’imagine que personne ne sera surpris si j’annonce que c’est ma préférée de l’artiste…
La composition est admirable, à la fois un peu dépouillée, et à la fois infiniment chaleureuse… Et tout y est génial : l’intro au djembé, la partition de guitare, les petites lignes de Basse délicatement incrustées, le rythme dont le charme se renforce avec les mini ralentissements… Un moment d’un apaisement infini, et d’une plénitude heureuse et libératrice…
Le message sur la tolérance de laisser chacun décider de ses pratiques avec Marie-Jeanne, tant que cela ne cause pas de tort à autrui comme il dit, est une exception dans sa discographie et ne sera jamais réitéré dans aucune des chansons de sa future très longue carrière…
Quoiqu’il en soit, musicalement, un moment de grâce, où la simplicité apparente cache en réalité une construction d’une profonde élégance…
Et puis vient la deuxième partie du disque… C’est tout à fait digne d’intérêt de manière générale, mais pour être franc, il y manque cependant l’étincelle qui a la capacité de tout faire basculer…
On y croise par exemple la Basse joueuse de "People Lead", mais on n’y retrouve pas la magie limpide de Ben Harper… On reconnait aisément la personnalité du chanteur sur "Fight For Your Mind", mais elle ne profite plus ici de l’enchantement des débuts… On a même droit au morceau fleuve "God Fearing Man", où les slides de l’artiste jouissent d’une liberté souvent intéressante, mais là encore, on ne peut clairement pas dire que ce soit Waouh!…
Plus notable, la justesse mélancolique de "Give a Man a Home" incarne très bien l’errance et la perte de repère, en plus de l’appel du musicien à savoir offrir refuges et solutions… Puis on revient sur le Folk avec "By My Side" : un passage très agréable, une atmosphère à fleur de peau sur une éventuelle terrifiante solitude, et sur l’indispensable présence de ses amis à ses côtés…
Enfin, "Power of the Gospel"…… Je m’y suis habitué, à ce morceau… Oui, c’est beau… Mais la formule revêt également un aspect un peu «too much», je trouve… Disons en fait que j’aurais aimé être beaucoup plus séduit par ce titre-là…
Conclusion sympa et appropriée sur "One Road to Freedom", tournée vers le futur… Un futur qui s’annonce radieux, car lors de ses premières années, Ben Harper a fourni une fort jolie salve d’albums hyper intéressants, tous empreints d’une qualité d’ensemble constante et incontestable. Retracer leur histoire sur ce site va constituer pour moi un vrai plaisir… Mais ceci dit, mon point de vue très personnel, c’est qu’il aura néanmoins manqué au compositeur un tout petit truc à chaque fois, pour sortir un véritable album d’anthologie, vraiment bardé de morceaux d’anthologie…
« Fight For Your Mind » est un peu l’exemple typique de ce constat… Il présente en effet un certain déséquilibre, où la seconde partie s’étire un peu trop en longueur et ne parvient pas à reproduire l’étonnante réussite du début, même si j’ai le sentiment que les plus grands fans du guitariste y seront malgré tout particulièrement sensibles…
Reste que ce disque se savoure dans son intégralité sans problème, et qu’il constitue le premier digne représentant du triptyque de feu de Ben Harper… Car, très bientôt, il servira de solides fondations à « The Will To Live » et « Burn To Shine », deux albums partis pour régner en maître au sommet de sa très riche discographie !