MARILLION

3,5 étoilesScript for a Jester's Tear
4,5 étoilesMisplaced Childhood
3,5 étoilesClutching at Straws
4 étoilesSeasons End
3 étoilesBrave
3,5 étoilesFEAR

MARILLION
-
Brave

3 étoiles
MARILLION - Brave

Rock Progressif

Chronique publiée en Février 2026


Je ne suis pas un grand fan de Marillion... Et il y a dans ce constat une sensation un peu étrange, car je pense pourtant que tout me prédestinait à embrasser ce groupe et son histoire... En effet, ses musiciens ont grandement participé à remettre le Rock Progressif sur orbite dans les années 1980, en passant par différentes périodes marquantes, en proposant un très grand nombre d'albums (assez variés), et en développant un style effectivement tourné vers les beaux thèmes et les belles mélodies. Ils comptent en conséquence d'innombrables admirateurs à travers le monde... Et cependant, de mon côté, la mayonnaise a du mal à prendre...
Il n'en reste pas moins que j'apprécie évidemment quelques-uns de leurs albums, dont je vais me faire une joie de parler sur ce site, mais entre Marillion et moi, non, clairement, ce n'est pas l'amour fou. Pour tenter une approche différente, j'ai d'ailleurs également testé le disque solo du guitariste Steve Rothery : « The Ghosts of Pripyat », mais le constat est resté parfaitement identique... (En fait, tant qu'on est dans les confidences, j'ai un peu le même sentiment avec Porcupine Tree, mais ça, ça sera pour une prochaine fois...)

Alors, dans ma sélection personnelle des albums de Marillion, je vais notamment exclure de ce site « Afraid of Sunlight », « This Strange Engine », « Anoraknophobia » ou encore « Marbles » (oui, dans sa version 2 CD). Ils sont bons, ces albums... Ils comportent d'excellents passages et je les écoute régulièrement... Mais ils ne m'ont pas suffisamment fait vibrer dans leur ensemble pour que je me décide à en faire un article... du moins pas pour le moment, et on verra bien dans le futur : après tout, tant mieux si je me trompe...
Et si j'exclus tous ces disques, c'est aussi pour repêcher « Brave », que je considère un ton au-dessus des autres cités ci-dessus...

Pour commencer sur « Brave », il faut déjà souligner que sur la scène musicale internationale, c'est juste un... Monstre ! Une œuvre qui bénéfice d'une reconnaissance hallucinante... Citons par exemple :

  • 3 fois 5 étoiles sur Forces Parallèles (et groupe vers le Top 20 des consultations du site)
  • 5 étoiles sur Metal Earth
  • 5 étoiles sur Dragon Jazz
  • 10/10 et conclusion dithyrambique sur Clair et Obscur
  • 5 étoiles sur Prog Critique (Mais bon, c'est vrai aussi que Prog Critique distribue des 5 étoiles à gogo)
  • 29ème sur 100 des plus grands albums progressifs de tous les temps chez Prog Magazine
  • Une page Wikipédia, multipliant les exemples de récompenses
  • Top 2 des albums de Marillion chez « At The Barrier »
  • Top 2 (voire Top 1 en fait, car le numéro 1, Anoraknophobia profite en partie de son histoire pionnière de financement participatif) des albums de Marillion pour Andy Ewards (ancien batteur d'IQ)
  • Un site internet était même intégralement dédié à l'album. Il a désormais été sauvegardé sur Brave.it


Enfin Bref... N'en jetez plus ! De manière quasi unanime, la Galaxie Musique nous décrit là un chef-d’œuvre à la durée de vie et à la profondeur intemporelle......

Passons alors à l'analyse concrète... « Brave » est un album concept, très sombre, à propos d'une anecdote ayant fortement marqué Steve Hogarth au milieu des années 1980 : un appel de la police, passé à la radio, pour retrouver l'identité d'une jeune fille errante et amnésique, récupérée sur le pont de Severn Bridge.
L'album s'attache à raconter l'histoire de la jeune fille en question, dont notamment ce qu'elle a dû affronter pour en arriver à une telle situation... Et il faut dire que la narration de Hogarth est vraiment, mais vraiment, très bien écrite (dont l'habile traitement de certains passages glauques mais nécessaires), et que par ailleurs la musique se marie à merveille avec chaque épisode...
Mais en plus d'être un excellent parolier, Hogarth est aussi un chanteur hors pair : sa prestation est impeccable, c'est criant d'évidence. De temps en temps, on peut lire ça et là qu'il prend trop de place chez Marillion en ne laissant pas suffisamment les autres membres s'exprimer, mais sur « Brave », ce n'est clairement pas le cas : la performance est résolument collective...

Tout ceci devrait effectivement emmener « Brave », vers les sommets : groupe, concept, performance des musiciens, variété des atmosphères dans une unité d'album... Et pourtant, à l'image de Marillion, avec moi ça ne fonctionne pas super bien... C'est un bon disque, aucun doute, mais en l'écoutant il me manque ce frisson, cette émotion, cet emballement, cette sensation de me sentir projeter dans un autre monde... sauf sur un morceau d'anthologie, "The Great Escape", qui est quand même la preuve que Marillion est parfaitement capable de m'enivrer totalement lorsqu'il le souhaite...

Dans les pistes me laissant perplexe, on peut citer :

  • "Bridge", l'introduction. Pourtant, l'idée des sirènes de bateaux se répandant sur le Severn Bridge est brillante et devrait être génialement annonciatrice (J'imagine que ça fait effectivement frémir ceux qui apprécient particulièrement l'album)...
  • "Hard As Love" et "Paper Lies", dont les premières parties sont franchement trop téléphonées à mon goût, ce qui m'empêche de rentrer dans l'album et ce qui, au contraire, me transforme surtout en un spectateur extérieur... Alors, oui, dans les deux cas, les deuxièmes parties sont, elles, réussies... Mais le bilan global perturbe clairement mon immersion dans ces morceaux...
  • "Brave", piste appréciée par beaucoup de monde... Avec sa deuxième partie sympa mais aussi avec son entame bien trop longue...

Et après, on a les passages plus attrayants :

  • "Living With the Big Lie" (à propos des violences subies) : on sent le groupe parfaitement fusionnel, livrant une prestation variée... Avec Rothery à la guitare qui propose ce qu'il faut comme envolée...
  • "Runaway" : une subtile mélodie décrivant la détresse de la jeune fille et les conséquences sordides des fugues qui en découlent... Un des moments les plus réussis de tout le recueil : sur ce thème vraiment pas évident, la musique se trouve une âme bouleversante, relevée par un solo de guitare se fondant ensuite dans une prestation collective remarquable...
  • "The Hollow Man" : un titre plus introverti mais inspiré, tout en nappe et en atmosphère...
  • "Alone Again in the Laps of Luxury" : un ensemble très cohérent où on sent la patte de chaque musicien. Une fort belle réalisation au charme indéniable, et un passage vers les deux tiers du morceau qui vient emballer le tout d'un grand moment de feeling musical...
  • Enfin "Goodbye to All That", où la jeune fille finit par tomber dans la drogue... Avec "Wave" et "Mad" : ses magnifiques premières parties, très punchys et très prenantes, où le rythme cardiaque s'accélère jusqu'à l'asphyxie dans une fuite éperdue d'une extrême intensité et d'une géniale musicalité... Mais qui finit par déboucher sur un long rendu des effets de la drogue qui ne donne pas quelque chose de véritablement intéressant à l'écoute... La dernière partie "Standing in the Swing" reprend de l'intérêt, mais sans retrouver le souffle des débuts...


Et puis... Et puis... Il y a "The Great Escape"... Alors ici, Marillion et moi, on est réconcilié... Car il est là, ce moment que j'attendais tant, cette composition qui me projette dans un autre monde à tous les coups, avec des notes qui tombent parfaitement juste pour sublimer l'imagination et catapulter l'esprit dans l'au-delà...
Oui, sur ce mouvement, le groupe s'est surpassé... Surpassé en proposant un instant aussi poignant que déchirant, un moment complètement à part dans l'album, où la technique laisse totalement la place à l'émotion pure...
Une première partie dans l'aliénation, où Hogarth se laisse aller, en symbiose avec le groupe... Mentions spéciales aux claviers de Mark Kelly et à Rothery, qui trouve lui aussi l'aboutissement qui lui manquait jusqu'ici... On se laisse alors entraîner... On se laisse alors emporter... pour être submergé...
Et une deuxième partie parfaitement complémentaire de la première. Un passage sublime, fascinant et incantatoire... Une éclatante démonstration de passion et de perdition...

Epiloque sur "Made Again", étrangement pleine d'espoir après un disque extrêmement noir... On peut imaginer que Hogarth ait choisi de partir sur un message laissant la place à l'optimisme...
En tout cas, un joli titre : clair, frais, tourné vers l'avenir, aux sonorités subtilement choisies pour un nouveau départ... On s'identifie alors pleinement à cette conclusion qui parvient à nous toucher en plein cœur...

Et donc... Finalement... Quelle étrange sensation que d'écouter « Brave »... Ou comment se retrouver en face d'un disque adulé par une immense majorité, qui comporte tous les ingrédients qui devraient me captiver, mais avec lequel je garde pourtant chroniquement une certaine distance... Je vais du coup être volontairement un peu sévère et un peu provocateur en lui attribuant la note de 3 étoiles sur 5...
Après, le plus évident à faire est de simplement constater que nous n'avons pas tous les mêmes goûts, et heureusement... Je reconnais volontiers que « Brave » est un beau disque, que je passe d'ailleurs régulièrement, mais je constate décidément que je ne me retrouve pas transporté par ce que j'entends, à part sur une piste vraiment géniale...
Que conclure alors ? Eh bien, que je vous recommande chaudement d'écouter cet album !
Étant donné sa renommée, il est probable que vous y trouviez une œuvre marquante. Et dans le cas contraire, il vaut sans aucun doute la découverte, ne serait-ce que pour sa qualité générale, mais aussi en particulier pour... "The Great Escape"...

TRACK LIST

  • 01. Bridge
  • 02. Living with the Big Lie
  • 03. Runaway
  • 04. Goodbye to all That
  • 05. Hard as Love
  • 06. The Hollow Man
  • 07. Alone again in the Lap of Luxury
  • 08. Paper Lies
  • 09. Brave
  • 10. The Great Escape
  • 11. Made Again