GENESIS

5 étoilesTrespass
4,5 étoilesNursery Crime
3 étoilesFoxtrot
5 étoilesSelling England By The Pound
3,5 étoilesThe Lamb Lies Down on Broadway
4 étoilesA Trick of the Tail
3,5 étoilesWind and Wuthering
3,5 étoilesWe Can't Dance

GENESIS
-
Nursery Cryme

4,5 étoiles
GENESIS - Nursery Cryme

Rock Progressif

Chronique publiée en Décembre 2025


C'est avec l'impressionnant album « Nursery Cryme » qu'apparaît le line-up légendaire de Genesis... celui-là même qui se chargera d'écrire les pages comptant parmi les plus belles et les plus impressionnantes du Rock Progressif...
Gabriel, Rutherford et Banks désignent en effet Phil Collins à la batterie pour supplanter John Mayhew jugé trop faible, et Steve Hackett à la guitare pour remplacer Anthony Philipps qui souffrait de stress paralysant au moment de monter sur scène. Pour la petite histoire, ces deux recrutements passent par des petites annonces succinctes (et aujourd'hui savoureuses) dans le magazine Melody Maker :
- Phil Collins répond (en compagnie d'un ami à lui qui ne sera pas retenu) à la requête suivante : "Groupe cherche batteur sensible à la musique acoustique et un guitariste acoustique 12 cordes"... Il fera une excellente impression lors de son audition, d'ailleurs initialement rien qu'à sa posture à la batterie !
- Steve Hackett avait de son côté publié une ambitieuse recherche, repérée par Peter Gabriel : "Imaginative guitarist-writer seeks involvement with receptive musicians, determined to strive beyond existing stagnant music forms"

Tout est désormais en place pour écrire l'Histoire... Et ça tombe bien, car au début des années 1970, on n'en est encore qu'à la naissance du Rock Progressif. Dès lors, « Nursery Cryme » sera tout naturellement considéré comme faisant partie intégrante des fondations de ce mouvement. Au passage, cette période sera particulièrement productive pour Genesis, qui aligne entre 1970 et 1976 pas moins de 7 albums majeurs en 7 ans ! (dont les deux derniers sans Gabriel).
Enfin, le titre de l'album provient d'un jeu de mots avec l'expression "Nursery Rhyme", qui signifie "comptine pour enfants". Gabriel se charge alors de l'écriture des textes, et c'est vrai que les "Comptines Criminelles" qui en découlent sont résolument en adéquation avec la musique qu'elles inspirent... Le tout constitue un recueil s'écoutant de bout en bout avec un immense plaisir, encore aujourd'hui...

Le disque s'ouvre sur sa pièce maîtresse : "The Musical Box"... Une piste qui s'est également transformée en symbole visuel : l'illustration de la pochette est en effet directement issue des paroles de la chanson...
Drôle d'histoire toute Gabrielienne : « Cynthia jouait au croquet avec Henri mais le décapite avec son maillet. Deux semaines plus tard, elle découvre la boîte à musique du garçon, qui une fois ouverte révèle le fantôme d'Henri. Celui-ci commence à vieillir rapidement et éprouve des désirs charnels envers Cynthia. La nurse surgit alors et lance la boîte à musique sur Henri, détruisant à la fois l'objet et le désormais vieil homme »...

GENESIS - The Musical Box Story


Le morceau de musique en lui-même raconte un extrait de cette fable, en commençant à partir de la volonté d'Henri d'ouvrir la boîte, et jusqu'à l'apparition de ses désirs "romantiques"...

GENESIS - The Musical Box Lyrics


De nombreux éléments marquants gravitent autour de ce titre... En voici quelques-uns en particulier :
- Le jeu scénique de Peter Gabriel trouve ici une confirmation de choix : pour la fin du morceau sur scène, le chanteur revient grimé en vieillard et ajoute la voix et les gestes à sa performance...
- L'influence de Steve Hackett se double d'une technique novatrice : le guitariste est en effet le pionnier du tapping, dont on peut écouter un très bel exemple vers 4 min 27 sec.
- C'est vraiment le premier titre inoubliable de la carrière de Genesis, avec son line-up mythique... Un titre qui n'a pas pris une ride et qui constitue encore de nos jours un de leurs immenses classiques.

Une fois le décor planté, passons à la partie musicale... Et autant avertir qu'il est ici impossible de se passer de superlatifs....
La chanson s'ouvre sur les petites notes de la boite à musique, avec Gabriel qui se glisse dans la peau d'Henri... Un début tout en délicatesse et en légèreté, dont la flûte traversière du chanteur, mais qui annonce bien sûr une élaboration générale de haut vol... Plusieurs parties distinctes (mais formant un tout) vont se succéder, dans une alternance d'accalmies et de passages où la puissance nous absorbe littéralement... Et à chaque fois, le groupe donnera la preuve de sa capacité à faire redécoller l'ensemble, encore et encore...
Le tout premier départ de feu est annoncé par la batterie de Collins, qui se fait le précurseur d'une envolée virtuose alliant la maîtrise totale des musiciens à leur musicalité sans faille... La guitare de Hackett s'associe alors aux percussions, dans un duo qui se taille temporairement la part du lion... En particulier, Collins est en pleine démonstration : son jeu est certes très technique mais il est surtout mis au service de la chanson et constitue un élément déterminant de la majesté générale qui s'en dégage...
La dernière partie s'attaque aux désirs d'Henri... Banks surgit alors et ajoute sa patte pour un résultat d'une grandiose résurrection... Gabriel amène également un supplément de magie grâce à son jeu de voix théâtral... Et tout le génie de Genesis ressort d'un coup ! Sans qu'aucun des musiciens ne cherchent la complexité, l'ultime passage rayonne pourtant d'une intense perfection. À la faveur de l'incroyable évolution de la chanson, de la sensibilité absolue des musiciens et des incantations de Gabriel, la conclusion acquiert une magnitude souveraine, et nous propulse au paroxysme de la transe émotionnelle...

Difficile de se remettre d'un moment pareil... C'est probablement là que les deux comptines "For Absent Friends" et "Harlequin" interviennent : ces passages de transition participent discrètement à l'atmosphère générale, dans une quiétude réparatrice bien vue...

Genesis reprend la main avec "The Return of the Giant Hogweed", deuxième longue piste du disque, à propos de la Berce du Caucase envahissant l'Angleterre. L'ambiance est ici aussi bien en phase avec le thème, affichant un côté révolté, guerrier et menaçant... Un passage qui au final fonctionne très bien au sein de l'album (un peu comme "Harold the Barrel"), mais qui reste, c'est vrai, très loin du niveau de "The Musical Box"...
La dernière partie est la plus réussie, avec environ 3 minutes de réappropriation musicale où le groupe fait parler son talent, notamment au niveau de la communion entre Hackett et Banks... Le tout se termine sur une tentative belliqueuse très appuyée de conquête du règne végétal...

Reste alors deux superbes morceaux à aborder... Commençons par "Seven Stones", qui occupe une place particulière, au beau milieu du disque... Une piste tournée vers l'harmonie et montrant toute l'éloquence de Genesis : finesse, brio, passion, douceur des arrangements, mystère des claviers, dimension mystique des chœurs... Même si on ne tient pas exactement la chanson ultime, c'est néanmoins un point de repère essentiel, qui apporte un moment de fascination tout à fait délectable...

Enfin, "The Fountain of Salmacis" a l'honneur de clôturer cet opus... Et quelle conclusion...
Gabriel illustre un récit de la mythologie grecque, à propos d'Hermaphrodite et Salmacis, et le résultat est à nouveau bluffant...
L'intro est tout en impulsion, distinction et fragilité. Elle est suivie d'un très beau travail à la basse, tandis que le chanteur poursuit sa narration pour encore embellir un mouvement déjà drapé d'élégance... avec Collins toujours aussi déterminant aux percussions et aux chœurs. Le premier passage instrumental montre un collectif décidément d'une très grande qualité, y compris l'emblématique flûte traversière...
La dernière partie est plus habitée... Ses sonorités matérialisent parfaitement la légendaire histoire, grâce à des musiciens remarquables mais surtout grâce à un groupe uni qui parvient à imposer un concept musical au résultat envoutant... Chaque individualité amène sa touche, son génie et sa complémentarité pour un aboutissement en parfaite concordance illuminée...
Une admirable manière de refermer un disque qui, tout comme ce mythe qu'il raconte, a lui-même gardé une valeur inestimable et intemporelle...

TRACK LIST

  • 01. The Musical Box
  • 02. For Absent Friends
  • 03. The Return of The Giant Hogweed
  • 04. Seven Stones
  • 05. Harold The Barrel
  • 06. Harlequin
  • 07. The Fountain of Salmacis