RADIOHEAD

5 étoilesThe Bends
5 étoilesOK Computer
5 étoilesKid A
4 étoilesHail To The Thief
5 étoilesIn Rainbows
3,5 étoilesA Moon Shaped Pool

RADIOHEAD
-
The Bends

5 étoiles
RADIOHEAD - The Bends

Rock Alternatif

Chronique publiée en Avril 2026


Au tout début de leur carrière, c'est bien évidemment l'inévitable "Creep" qui avait servi de catalyseur en propulsant Radiohead sur le devant de la scène internationale... ..."Creep", un morceau imparable et distinctif, resté dans toutes les mémoires... Sauf que l'album correspondant, « Pablo Honey », n'avait lui pas vraiment confirmé, finalement écrasé par le succès sans partage de son propre tube...
Deux ans plus tard, en 1995, le groupe revient alors avec « The Bends », et cette fois-ci tout va changer... Car l'intégralité du disque est d'une invraisemblable qualité... Les chansons qui le façonnent revêtent toutes une splendide esthétique, à tel point que 5 singles seront extraits de ce recueil magique... recueil grâce auquel Radiohead vient de s'inventer une dimension parallèle, alliant succès musicaux et profondeur mélodique immuable...

Pour la petite histoire, à l'époque, le hasard de la vie a fait que je ne m'étais pas particulièrement intéressé à leur œuvre complète. Tout en intégrant avec plaisir leurs différents singles, la période était beaucoup trop chargée pour que je pousse plus avant la découverte... Et ce n'est finalement que beaucoup plus tard que je suis revenu explorer cette incroyable collection de titres que constitue « The Bends »...

C'est à "Planet Telex" que revient l'honneur d'inaugurer l'album... Et immédiatement, c'est la révélation : la piste bénéficie d'un impressionnant travail, qui fourmille d'accompagnements, dans un ensemble se mettant au service de la musique ! Le résultat est remarquable, et ce succès est très révélateur de la série à venir : Radiohead va en effet réussir à peaufiner à l'extrême tous ses morceaux, en privilégiant néanmoins constamment la musicalité.
Quelle ambiance en tout cas : trouble, bouleversée, et tourbillonnant d'une tension inquiétante qui parviendra finalement à se libérer pour mieux se conclure dans une accalmie relative et convalescente...

Suit alors "The Bends", un titre plus rageur, comme une deuxième naissance... Une éclatante démonstration que Radiohead est un très grand groupe de Rock (et beaucoup plus que ça, bien sûr !), sachant parfaitement bien manier l'électricité, et redoutable dans ses saillies bien affutées !
Ce passage au son très brut va par ailleurs fortement contraster avec la suite immédiate... pour un assemblage final au rendu inattendu, mais tellement astucieux et tellement pertinent...
Avant néanmoins d'aborder cette suite, laissons-nous d'abord voyager au sein de la facette Rock du disque... Car "The Bends" sera suivi d'une insolente série de morceaux forcenés, tels que "Bones", "Just", ou encore "My Iron Lung"... En particulier, "Just" fait partie des pistes les plus identifiables de Radiohad, une composition marquante et fédératrice, avec cette montée initiale iconique, qui ne fera ensuite que se confirmer et embellir... D''ailleurs à ce moment de l'album, on est très franchement en pleine furia créative, avec une qualité telle qu'on pourrait fort bien s'imaginer au beau milieu d'un "Best Of"... sauf que... non : c'est bien le disque qui continue de se déployer... "My Iron Lung" se paye même le luxe d'exacerber encore le tout, avec ce côté charmeur évident, qui croisera pourtant plus tard une partie plus torturée, en ligne droite de l'aciérie apportant la section métallique bien raccord avec le thème...

Revenons alors aux deux perles du début d'album...
Car, lorsque "High And Dry" s'épanouit à son tour, là, on ressent religieusement que Tout est en train de se jouer... Oui, c'est à cet instant précis que s'opère la bascule... C'est ici qu'on l'intègre immanquablement : ce disque sera frappé du sceau de l'Excellence !
Le passage permet d'encore élargir la riche palette du recueil, en se révélant plus calme et plus immédiatement mélodique... et il vient par-dessus tout proclamer la capacité de Radiohead à engendrer des morceaux d'une beauté rare et précieuse...
C'est aussi là que Thom Yorke resplendit entièrement : on acquière ici la pleine conscience de l'importance de sa voix, au timbre si particulier, et au toucher capable d'emporter n'importe qui, n'importe où...
Dans la foulée, le grandiose "Fake Plastic Trees" provoque une émotion véritablement incroyable, en combinant tout le génie de Radiohed : atmosphères brumeuses, éclaircies révélatrices, montées d'espoir fragiles, énormes envolées lyriques... Une pureté crépusculaire et une poésie à couper le souffle... Patiemment, le groupe parvient à tout mettre en place pour ensuite projeter son infinie sensibilité, et on se fait littéralement absorber tout entier dans cette dénonciation de la superficialité consumériste, ayant perverti jusqu'aux sentiments amoureux. ...Et puis toujours cette voix qui ensorcelle, totalement hypnotique, qui vient conclure sur un chant cristallin d'une intensité bluffante, jusqu'à glacer tout l'environnement...

Petit détour par "(Nice Dream)" et son tapis volant des rêves... Les arrangements continuent à sublimer la chanson dans un immense effort aboutissant à un dénouement teinté de féérie, tout en profitant au passage d'un regain d'électricité... Oui, décidément, cet opus est une authentique démonstration... Il y a vraiment de quoi rester complètement médusé...

Enfin, rejoignons le flamboyant trio de conlcusion, avec en premier lieu "Black Star" à la manœuvre... Un titre qui porte une fois de plus la patte du groupe, charmeuse et désabusée, et qui matérialise la fusion de Yorke et des musiciens...
Et puis "Sulk" et son ambiance si particulière, où Radiohead, en état de grâce, aligne les compositions de génie les unes derrière les autres... Une énergie nouvelle, portée par un vent nouveau... un peu comparable à l'éclosion du vivant et à l'apparition de sa magnifique biodiversité...
Finalement, somptueux épiloque sur "Street Spirit (Fade Out)"... pour le coup dans un style qui lui est totalement propre... Une spirale de la disparition, d'une tristesse noire et ténébreuse, qui parvient malgré tout à montrer qu'on peut trouver l'illumination dans le désespoir, ou encore qu'on peut sombrer dans les abysses sans pourtant disparaître entièrement... Une création d'une classe et d'une élégance folle... où les accords transpirent l'imparable et l'inaltérable, tout en incarnant une construction qui s'enrichit invariablement... Thom Yorke, dont les incantations peuplent les contreforts de la désolation, constitue le phare d'une composition qui matérialise l'effacement du monde... Un titre d'une profondeur et d'un abandon total, qui trouve dans les abîmes une esthétique improbable et éternelle...

« The Bends », un album à l'extraordinaire destin, classé 84ème meilleur album de tous les temps sur Acclaimed Muscic. Encore plus fou : il sera à son tour suivi d'un opus tout aussi prodigieux, « OK Computer », contenant des morceaux d'un niveau encore au-dessus (était-ce possible ?), pour un exploit absolument retentissant !
Et pourtant, et pourtant... en plaisir d'écoute du disque complet, oui, je pense préférer « The Bends » : plus homogène, moins torturé, et qui forme un Tout indiscutable. Après... Franchement... pas besoin non plus de tout classer... Quand on tombe sur des prouesses pareilles, autant simplement s'abandonner...
Reste que Radiohead vient de propulser l'univers observable dans la quatrième dimension, et que c'est parti pour durer de très nombreuses années...

TRACK LIST

  • 01. Planet Telex
  • 02. The Bends
  • 03. High and Dry
  • 04. Fake Plastic Trees
  • 05. Bones
  • 06. (Nice Dream)
  • 07. Just
  • 08. My Iron Lung
  • 09. Bullet Proof..I Wish I Was
  • 10. Black Star
  • 11. Sulk
  • 12. Street Spirit (Fade Out)