Nous sommes en 2007... Et Air s'est alors déjà construit une impressionnante carrière, allant de débuts retentissants sur le célébrissime « Moon Safari », passant par son sommet incontestable sur « The Virgin Suicide », et débouchant finalement sur un superbe « Talkie Walkie » qui venait faire oublier un « 10000 Hz Legend » légèrement en retrait (à mon avis)...
Oui, une carrière bien pleine, et surtout dominée par une qualité de composition métronomique, qui fait que chaque sortie du groupe est désormais scrutée avec convoitise...
Le duo Versaillais choisit alors de proposer « Pocket Symphony », un album qui, tout en étant indéniablement agréable, commence malgré tout à marquer le pas et à montrer quelques signes de faiblesse. Cette qualité générale un peu en roue libre va néanmoins révéler en son sein un petit chef d'œuvre, symbole de Air à lui tout seul, et justifiant quasiment rien qu'à lui la découverte du disque...
Et pourtant, lorsque se déroule l'introduction "Space Maker", on se dit qu'on est bel et bien en face d'un nouvel opus mémorable... La piste est parfaite pour annoncer le meilleur à venir (...mais un "meilleur" qui ne viendra donc pas à ce point-là, malheureusement...). Elle est très représentative du travail de Air : une construction qui s'enrichit patiemment, sur fond de rythme électronique, de guitare acoustique, d'un joli travail de basse et de synthétiseurs inspirés, le tout dans une ambiance un peu sombre et un peu crépusculaire... On ressent clairement qu'une dimension insoupçonnée émerge progressivement d'un monde désormais prêt à être exploré, même s'il conserve cette part d'angoisse latente ne se trouvant jamais bien loin... A vrai dire, bien plus qu'une simple introduction, c'est finalement un des passages les plus réussis de l'album...
Ce premier morceau trouvera d'ailleurs plus tard de lointains échos... Tout d'abord sur "Mayfair Song", qui voit perdurer l'étrange dualité d'une appréhension dominante sans qu'il n'y ait véritablement d'inquiétude... Puis sur "Left Bank", au sein d'une luminosité froide et étrange, comme un feu qui s'éteint dans ses derniers tourments... Et enfin sur "Lost Message" et "Somewhere Between Waking and Sleeping", dans un espace aux torpeurs fatalistes et aux visions mélangées de réalité et d'imaginaire...
D'un autre côté, le disque affiche également une deuxième facette bien à lui, inaugurée très en amont par "Once Upon a Time"... un titre qui sert un peu d'introduction complémentaire pour annoncer une ligne plus légère, enrichie d'un chant effectivement présent. Air propose ici un beau travail d'ambiance, aux sonorités plutôt haut de gamme, avec des nuances lointainement tournées vers l'Orient...
Le résultat est plutôt joli, oui... Il s'intègre bien dans l'album, aussi... Mais pour être honnête : rien d'inoubliable non plus... En étant un peu sévère, on se situe plutôt sur un type de passage qui dévoile sa pertinence lorsqu'il est utilisé en fond sonore...
"Napalm Love" donnera grosso modo le même résultat, en moins réussi... Citons également "Mer du Japon", qui dirige son ascension vers un soleil levant transparaissant en filigrane, mais qui là aussi ne parviendra pas à s'élever suffisamment pour franchir le cap de la renommée...
Alors... alors... Il fallait bien trouver un moyen de le transcender, cet album... Et c'est finalement ce qui se produit sur "Photograph"... À vrai dire, lorsqu'on lance « Pocket Symphony », on le sait bien ! Oui, on le sait bien qu'on va finir par tomber sur "Photograph" en plein milieu, tel un phare magnifiant tout le recueil...
Le morceau est d'une évidente et imparable majesté... Il est baigné d'une délicate lumière divine, et imprégné d'une chaleur tiède qui s'insinue partout pour doucement réchauffer le monde environnant... Cette chaleur se déploie paisiblement, inévitable, inéluctable, comme une puissance absolue qui serait dotée d'une énergie pacifique et éternelle...
La partition finit par se parer d'une conclusion qui parvient encore à gagner en intensité, avec ses nappes à l'émouvant scintillement et sa flûte qui vient souligner une harmonie d'une ampleur insondable... L'ensemble engendre une sphère de radiation créatrice et rassurante, qui possède l'immense pouvoir de sublimer tout ce qu'elle touche...
L'album choisit de longuement se conclure sur "Redhair Girl", aux atmosphères marines et hypnotiques, puis enfin sur "Night Sight" dont l'intimité impressionniste évoque une phase d'éveil à la sérénité fragile, au moment précis où l'obscurité commence à peine à se résorber...
En définitive, « Pocket Symphony » partage un peu la même destinée que son successeur, « Love 2» : les deux œuvres sont attachantes et méritent amplement qu'on s'y attarde régulièrement, mais elles sonnent également toutes les deux comme la fin d'une aventure car il leur manque la pointe de magie qui émaillait le parcours de Air jusque-là...
Reste que « Pocket Symphony » garde pour lui quelque chose de tout à fait particulier : il intègre le merveilleux morceau "Photograph", un atout décisif qui pour moi représente le tout meilleur titre du groupe à ce jour...