GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR

4,5 étoilesf#a#∞
4,5 étoilesSlow Riot for New Zero Kanada (EP)
4,5 étoilesLift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven
4,5 étoilesYanqui U.X.O.
4 étoilesAllelujah! Don't Bend! Ascend!
4,5 étoilesAsunder, Sweet and Other Distress
3 étoilesLuciferian Towers
4 étoilesG_d's Pee AT STATE'S END!
4 étoilesNo Title as of 13 February 2024 28,340 Dead

GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR
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G_d's Pee AT STATE'S END!

4 étoiles
GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR - G_d's Pee AT STATE'S END!

Post Rock

Chronique publiée en Mars 2026

Mon introduction sur les albums de "Godspeed You! Black Emperor" (GYBE) sera toujours la même. Elle colle à l’ensemble de leur discographie.
Le groupe a réalisé 9 albums (8 + 1 EP) à ce jour, dont l’intégralité est présente sur ce site. Ce sont tous des grands disques. Ils sont tous marqués de la même empreinte géniale, mais ils sont néanmoins tous différents.
(Rq : Mon avis porte ici sur la musique, et pas sur le message politique)

GYBE est formé d’une petite dizaine de membres créant leur musique instrumentale comme un orchestre. Le collectif est magnifique et engendre une éclatante richesse mélodique dont sont remplies leurs compositions.

Le groupe a inventé la musique du 21ème siècle en rompant totalement avec le trop traditionnel "Couplet - Refrain" et en explorant avec force et puissance la voie ouverte auparavant par les Pink Floyd, King Crimson, Van Der Graaf Generator, Genesis, Slint etc.
Les codes sont brisés, les progressions s’enchainent avec une dimension orchestrale que les cordes viennent sublimer.
La musique prend véritablement le temps de se développer, dans une totale liberté de création, en prenant les longues minutes nécessaires à son épanouissement mais aussi à son achèvement.

Si dans leur majorité ces très longues plages sont spectaculaires et variées jusque dans leurs mouvements internes, il faut admettre qu’il peut aussi y avoir quelques longueurs. Le groupe, par ailleurs, glisse souvent des drones dans ses albums, drones qui pour moi n’apportent pas toujours quelque chose d’intéressant.
Et voilà pourquoi, en faisant un bilan sincère, et malgré mon propre effarement tant je vénère ce groupe, aucun album n’atteint véritablement les 5 étoiles en tant que "Tout". Et pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque de rendre hommage à ces monuments qui pourront changer pour toujours votre approche de la musique… (Citons "Sleep", "Moya", "09-15-00", ou encore "Piss Crowns Are Trebled")

Car cette musique de l’apocalypse est si belle qu’elle finit par vous habiter.
Les premières notes éparses… Le développement subtil… La montée en puissance aboutissant au déchainement mélodique : ces constructions vont vous retourner les tripes jusqu’à vous posséder.
L’utile complexité des morceaux associée à leur majestuosité fait qu’il est quasiment impossible de s’en lasser… Le retour à un univers musical plus traditionnel peut même paraître bien fade…
La musique est sublimée, on la transpire... Elle escalade votre âme. Les idées et les sentiments vous transpercent. La fin du monde et les ténèbres s’abattent, le désespoir teinté de lumière vous contemple. De ce lourd chaos fantomatique, une espérance peut voir le jour, une éclaircie qui va finir par s’auto-consacrer en vous explosant à la figure…

Le début du sample d’introduction de leur 1er album fait quelque part écho à tous leurs disques et je ne peux m’empêcher de le citer :


" The car's on fire, and there's no driver at the wheel
And the sewers are all muddied with a thousand lonely suicides
And a dark wind blows
The government is corrupt
And we're on so many drugs
With the radio on and the curtains drawn
We're trapped in the belly of this horrible machine
And the machine is bleeding to death "



Le sublime peut-il émerger du Chaos ?
Peut-on revenir des enfers ?
Est-il possible que l’inerte prenne vie au détour d’un morceau de Godspeed You! Black Emperor ?



Depuis leur retour aux affaires en 2012 (après une longue pause de 10 ans), les différentes productions de Godspeed You! Black Emperor ont été régulières et très favorablement accueillies par le public (le public averti), mais il vrai aussi que « Luciferian Towers », sorti en 2017, avait montré pour la première fois une baisse de qualité relativement marquée...
C'est donc assez fébrilement qu'on attendait le tout nouveau cru, et... ce « G_d's Pee AT STATE'S END » de 2021 allait heureusement se re-charger de hisser haut les couleurs du groupe, tout en apportant avec lui une approche un peu particulière...
Car à l'écoute, ce qui est évident, c'est que c'est un album très réussi qui comporte évidemment certains côtés typiques de la formation... Mais on remarque vite également que cette réussite s'accompagne d'une démarche moins clivante que d'habitude : l'ensemble est en effet relativement accessible, sans agressivité, et surtout sans afficher de longueur excessive... Alors bien sûr, GYBE reste GYBE, donc, oui, on retrouve des sonorités à tendance apocalyptiques, mais on peut parler ici d'un disque à l'acoustique agréable, y compris pour les personnes n'étant pas naturellement sensibles à leur musique... En somme, « G_d's Pee AT STATE'S END » pourrait concrètement constituer un hall d'entrée très recommandable pour qui souhaiterait découvrir l'univers des Canadiens...

C'est "A Military Alphabet" qui s'occupe de matérialiser immédiatement tout ça, à la fois...
Une piste d'une durée conséquente, introduite par les samples et bruitages caractéristiques qui donnent ensuite accès à la corne annonciatrice, comme si on rassemblait pacifiquement les troupes... et où chacun trouve petit à petit sa place, jusqu'à ce que la gratte entame sa marche en avant vers les grandes manœuvres ! (Au passage, on se retrouve quand même avec 8 min d'intro, mais hyper bien sentie !)
Alors... lorsque toute la cohorte se met en route, on intègre vite que la musique possède une composante combative séduisante, et que la bande travaille sa quête jusqu'à aller chercher ses accords au plus profond des abysses... Sauf que, même dans ce monde-là, il y a de la vie, et une vie qui en plus se révèle foisonnante !
La bascule vers la seconde grande partie du morceau se veut plus pure, et nous permet d'emprunter l'autoroute marine des courants dominants, d'une beauté naturelle criante, et d'une force allant bien au-delà de l'imagination humaine... On se laisse alors porter par le flux, navigant vers sa destinée, et divinement soutenu par un violon chargé de magnifier le tout...
Oui... Quel bel exercice de style que ce "A Military Alphabet" : à vrai dire, même s'il ne contient pas de moment totalement mémorable, on se rend manifestement compte qu'on vient de passer 20 minutes en osmose avec le groupe, et c'est un véritable bonheur...

"Fire at Static Valley" se charge de l'intermède entre les deux grands titres de cet opus... Une transition bien vue, bardée de mystères, et transpirant une énergie dont on ressent qu'elle n'a pourtant montré que quelques pourcents de son incroyable puissance...

Ensuite... Second mouvement d'envergure avec "Government Came" : le meilleur de ce millésime 2021 !
...Le thème principal émerge d'abord prudemment, prend le temps nécessaire pour affiner son trait, puis lance sa grande épopée... Et Là... Là, c'est magique... On y retrouve l'évidente symbiose, celle qui parvient à donner la vie et à faire croître une mélodie lancinante autour de laquelle tous les musiciens vont osciller tour à tour... Le merveilleux collectif finit alors par apprivoiser ce phénomène qui le fascine, et réussit à en extraire l'huile essentielle, véritable concentré de mélodie qui se libère dans une myriade de sonorités pour prendre son impeccable envol...
La deuxième partie s'occupe ensuite de planter les graines musicales qui bientôt vont germer, se libérer, et pousser de plus en plus vite vers le point d'orgue de cet album...
Alors on frémit... Et on frissonne... Et on hésite à éclore... C'est en fait comme si on n'était pas certain d'avoir trouvé sa voie, alors qu'elle se tient là, au beau milieu, toute tracée, et qu'il suffit finalement de s'y engager à corps perdu... En conclusion, le rythme vient se parer d'une accélération décisive, où chacun ajoute sa petite touche personnelle pour produire un ensemble se mariant à la perfection... Des abîmes, on se retrouve propulsé vers les cieux, et on y découvre une lumière aveuglante, qui n'en finit plus d'éclater pour finalement irradier tout l'édifice...

Enfin, "Our Side Has to Win" rend hommage à un agent du groupe, décédé en 2018... L'album trouve ici un épilogue remplit de recueillement tout en se voulant porteur d'espoir...

En définitive... Serait-ce alors cette œuvre qui incarne effectivement la porte d'entrée idéale dans l'univers de Godspeed You! Black Emperor ? En tout cas, elle constitue une option tout à fait pertinente, où rien ne viendra heurter une oreille curieuse de découverte...
L'ensemble s'écoute avec un plaisir incontestable, voguant entre atmosphères paisibles, moments d'énergie activement développés, et passages à la pureté retrouvée... Mais on peut signaler malgré tout qu'on ne tient pas ici le disque ultime du groupe, lequel était parvenu par le passé à engendrer des mouvements d'une distinction et d'une profondeur invraisemblable, marquant au fer rouge l'histoire de la musique...
Quoiqu'il en soit, « G_d's Pee AT STATE'S END » s'inscrit comme une évidence dans le catalogue des Canadiens... Une création moderne et pleine de qualités, dont l'écoute ravive les sens et permet de s'échapper dans un espace parallèle, où c'est bien la musique qui compte par-dessus tout...

TRACK LIST

  • 01. A Military Alphabet (five eyes all blind) (4521.0kHz 6730.0kHz 4109.09kHz) / Job's Lament / First of the Last Glaciers / where we break how we shine (Rockets for Mary)
  • 02. Fire at Static Valley
  • 03. "Government Came" (9980.0kHz 3617.1kHz 4521.0 kHz) / Cliffs Gaze / cliffs' gaze at empty waters' rise / Ashes to Sea or Nearer to Thee
  • 04. OUR SIDE HAS TO WIN (for D.H.)