………Comme une nouvelle Naissance…
……Sigur Ros respire… À nouveau… Mais, différemment…
…Le groupe choisit en 2012, avec « Valtari », de se renouveler avec un style de création complètement éthéré, tout en étant également imprégné d’une complexité utile et pertinente…
Le résultat de cette approche surprenante donne un album où se marient profonde simplicité et amplitude inattendue, et dont les premières écoutes sont (il faut bien l’admettre) assez déconcertantes… Mais, l’oreille s’habitue progressivement, et ne manque alors pas de reconnaître l’immense travail de musiciens qui parviennent à nous proposer une œuvre aussi inhabituelle que précieuse…
C’est exactement cette nouvelle respiration qu’on perçoit sur "Eg Anda"…
Des premiers souffles aux premières incantations… Des premières mises en place aux premières fondations musicales de l’édifice… Du fausset fragile de Jonsi à la mélodie qui vient doucement germer… L’introduction se déploie comme un moment de vérité annonciatrice, où l’on ressent immédiatement que les artistes vont ici se livrer dans ce qu’ils ont de plus intime…
Puis survient "Ekki Mukk", dont le crépitement de la poussière des sillons et l’assemblage étonnant de plusieurs pistes forment finalement un tout improbable et fascinant… Une chanson à la structure atypique et à l’étrangeté réconfortante…
Et, il se produit lors de cette écoute un phénomène improbable : même sans la connaître, on peut se laisser aller à dériver à travers l’Islande et ses paysages fantastiques, car certains passages s’y associent avec un naturel désarmant… Cette quête apparaît même vite comme une évidence, et elle va naturellement s'immiscer dans le disque tout entier…
Par ailleurs, on remarque rapidement que cet album « Valtari », quoiqu’étant fondamentalement très homogène, présente deux parties assez distinctes : du premier au quatrième titre, le groupe va faire preuve d’un lyrisme spontanément prenant et attractif, alors qu’à partir du cinquième morceau, le rythme et l’ambiance sont beaucoup plus minimalistes…
Cette deuxième partie débute par "Daudalogn", qui réussit à matérialiser le calme absolu de la grotte de glace de Katla où un parcours initiatique empreint d’apaisement et de quiétude viendrait nous remplir l’âme d’une immensité sombre et bleutée…
L’odyssée se poursuit avec "Vardeldur" et son défilé de notes, rassurantes et inquiétantes à la fois… L’esprit s’évade pour se retrouver en lévitation au-dessus du Blue Lagoon à contempler ses reflets diffus où se mêlent eaux thermales turquoise pastel et environnement enneigé à la blancheur cristalline…
On se laisse ensuite emporter par la brise de "Valtari", jusque dans les nuages de haute altitude où se forment les premiers flocons, avant de lentement redescendre au sein des particules de glaces louvoyant dans un vent tourbillonnant… Après le passage dans les fumerolles des volcans, survient alors dans le cratère l’incroyable rencontre de ces cristaux aériens avec la lave en fusion, dans une ondulation qui semble mue par un mouvement perpétuel…
Enfin, avec "Fjogur Piano", le voyage se termine en survolant l’île d’Heimaey, reflet du bout du monde où la vie s’est invitée… Et où les notes de musique symbolisent une extrême délicatesse pourtant capable d’affronter les effrayantes tempêtes océaniques et la colère redoutable des éruptions…
Puis, ultime envolée pour admirer et laisser derrière nous le phare des Þridrangar, posé sur son improbable promontoire rocheux, perdu dans l’infini des eaux polaires insulaires…
Reste alors à se recueillir sur les deux meilleurs morceaux de cet album…
"Varud" est le plus envoutant… Jonsi invoque d’abord la puissance sereine des éléments : eau, glace et feu s’entremêlent pour former des scènes improbables et inoubliables… Propulsé à travers le Canyon de Fjaðrárgljúfur, dans un vol protégé des Dieux, on se téléporte ensuite dans un torrent imperturbable, qui sort des entrailles de la terre pour venir donner la vie au monde environnant…
La cascade de Seljalandsfoss s’approche alors, avec ses falaises et son arche monumentale où scintille la brume du soleil couchant, et où les chœurs de l’innocence agissent comme une force musicale magistrale, avec une puissance qui pourrait changer le destin du vivant…
Dernier mouvement sur "Rembihnutur", magnifique lui aussi… Une communication hésitante et frémissante trouve malgré tout l’éclosion favorable des merveilles de la nature… Ses bulles pétillantes vont se développer sans relâche pour finalement engendrer le geyser de Strokkur, où l’intense chaleur liquide et vaporeuse viendra se projeter à la rencontre des contours glaciaux d’une Islande pleine de contrastes saisissants…
L’épopée « Valtari » se conclut sur un constat net et lumineux : c’est l’exemple même d’un album qui forme un tout indissociable, et ce même si sa première partie se détache en qualité…
Enfin, au bout du compte, une vérité universelle vient s’ériger d’elle-même : les temps géologiques imposent au genre humain une humilité telle qu’il est impossible de vouloir la décrire… Sigur Ros ne l’a que trop bien compris et s’en fait le reflet en nous délivrant alors un disque rare et solennel, comme un symbole de son île d’origine, d’une beauté boréale, fragile et insoupçonnable…