Neil YOUNG

3,5 étoilesEverybody Knows This Is Nowhere
3,5 étoilesAfter the Gold Rush
4 étoilesHarvest
3,5 étoilesZuma
4 étoilesRust Never Sleeps
3 étoilesFreedom
4,5 étoilesRagged Glory
4 étoilesHarvest Moon
5 étoilesSleeps With Angels
3 étoilesMirror Ball
3,5 étoilesLiving With War

Neil YOUNG
-
Zuma

3,5 étoiles
Neil YOUNG - Zuma

Rock

Chronique publiée en Août 2026


La mort de Danny Whitten, en 1972, avait complètement dévasté Neil Young... Emporté par l'héroïne, le guitariste laissait derrière lui un groupe du Crazy Horse sérieusement amputé, en plus d’un Loner sombrant dans une période noire (dont il arrivera pourtant à tirer quelques disques légendaires)...

Mais un évènement capital réussira finalement à relancer le Cheval Fou quelques années plus tard : le bassiste Billy Talbot va en effet faire la rencontre déterminante de Franck "Poncho" Sampedro, et aura une révélation lors d’une une séance partagée de Jam acoustique sur une plage... Le nouveau guitariste rythmique parvient alors à combler le vide laissé par Whitten, et permet la relance du groupe avec un premier fait d'arme en 1975 : la sortie de l’album « Zuma », le tout en collaboration avec Young, bien sûr...
C'est en quelque sorte une deuxième naissance pour le Crazy Horse, qui trouve là au passage son line-up définitif, et qui offrira alors au monde quelques-unes des plus belles partitions de tous les temps...

Mais revenons à « Zuma »... Dès que surgissent les premières mesures de "Don't Cry No Tears", c'est… Banco ! Le groupe et Neil Young se sont retrouvés, et ça fait un bien fou... Le résultat est nickel : Talbot effectue un travail remarquable à la basse (en fait, c’est vrai dans tout l'album !), Sampedro et Young se consacrent à tournoyer ensemble, et Molina finalise à la batterie... Pas de prise de risque ici, mais au contraire, une entame fort agréable à l'oreille, qui prouve que la mécanique tourne sacrément rond...
A noter que le thème des paroles de la chanson va revenir dans une grande partie de l'album : il s'agit concrètement de la rupture amoureuse de Young avec son épouse de l'époque...

"Danger Bird" présente une architecture plus originale... plus grave... plus profonde...
Young nous y dévoile la dégradation de sa relation de couple, et sa complainte va alors naviguer tout le long du morceau, dignement appuyée par les chœurs de ses comparses...
Les parties de guitares se révèlent ici véritablement très intéressantes, et raccord avec les paroles, tout en restant totalement intégrées au collectif général...
Et en réalité, c'est bien l’intégralité du disque qui est partie pour étaler en permanence cette harmonie retrouvée des deux guitares, symbole du renouveau du Crazy Horse, entre l'assise rassurante de Sampedro et les nombreux solos de Young, intelligents, astucieux et expressifs...

Terminons ensuite l'étalage de la diversité musicale présente sur cet album par l'intimiste "Pardon My Heart", en forme de recueillement sur un échec amoureux qui a décidément fortement marqué Young... Un morceau qui sera plus tard suivi par "Through My Sails", pour terminer l'album... Un dernier titre minimaliste venu tout droit de l'autre célèbre groupe de l'artiste, accompagnés de ses amis Crosby, Still and Nash... Cette conclusion soufflant dans les voiles produit une ouverture finale plus légère, comme pour tourner la page de l’âge sombre du chanteur et comme pour marquer le début de son nouveau parcours... La route s'est réouverte, elle apparaît enfin plus dégagée vers l'avenir, et elle va se retrouver fièrement pavée des interventions d'un Crazy Horse ressuscité...

Alors, justement, cap sur les réalisations de la formation retrouvée... "Drive Back" percute par son style brut de décoffrage, incisif et tranchant... avec bien sûr les deux Les Paul qui s'entremêlent pour continuer à imprimer le renouveau...
Puis "Lookin' For a Love" et "Barstool Blues"... Aaahh, Crazy Horse, quand tu nous tiens ! Le premier sur un rythme alerte, symbole de relance émotionnelle... Le deuxième qui louvoie de guitare en batterie et de basse en solo pour un petit régal musical, malgré le même sujet toujours aussi pesant... L’ensemble se retrouve imprégné de l'efficacité retrouvée, comme si le moteur de la bande s'était remis à ronronner en toute circonstance...

Et puis... Et puis...
Et puis, voilà la pièce maitresse de l'album... Son chef-d'œuvre incontestable... Car « Zuma » ne serait pas « Zuma » sans son morceau d'anthologie, "Cortez The Killer"... Une narration sur les ravages que Cortes, conquistador espagnol, s'apprête à commettre vis à vis des Aztèques...
Ce qui frappe avant tout, c'est bien sûr l’introduction de la piste, avec cet incroyable solo de Neil Young... une composition tout à fait particulière, sur un rythme contemplatif et solennel, qui se cale impeccablement dans l'album en déversant ses flots d'émotions intarissables... Un passage tellement mémorable qu'il se retrouvera classé 39ème des 100 meilleurs solos de l’Histoire par "Guitar World's", et contribuera grandement à faire de cette chanson la 329ème meilleures de tous les temps selon "Rolling Stone" en 2010.
Young ouvre une fenêtre temporelle dans l'Amérique du Sud de l'époque, et nous embarque pour un voyage spirituel débordant d'inspiration et de poésie, comme une fascinante méditation... L'entente avec Poncho Sampedro est exemplaire de bout en bout : elle produit des sonorités d'une élégance singulière, et d'une beauté à la fois insolite et parfaitement évidente...
On se retrouve avec 3 min 20 sec inoubliables, immergé dans une forme d’incantation qui serait capable de guider sereinement tout un peuple de son charme magnético-hypnotique...
Lorsque Neil Young prend enfin la parole, ses mots s'imbriquent à merveille dans la chanson, toujours accompagnés de ces guitares qui viennent tout magnifier de leur grandeur et de leur noblesse... Le solo reprend plusieurs fois ses droits, toujours en se mariant à l'ensemble dans une symbiose admirable et grandiose... Le tout parvient à nous projeter dans un imaginaire insolite, à la fois merveilleux et angoissant, entre géniale réussite musicale et réalité historique d'une noirceur accablante...

« Zuma » s'achève... « Zuma », un disque d'une importance capitale, et ce pour deux raisons clés :
- Il signe tout d'abord la renaissance d'un Crazy Horse qui proposera ensuite au monde (et pendant 39 ans sous ce line-up !) quelques-unes des plus belles pages de l'histoire de la Musique...
- Il intègre en son sein "Cortez The Killer", le sommet de la carrière de Neil Young : un passage intemporel de très grande classe, dont la stature n'a jamais cessé de croître et embellir de manière tout aussi infaillible que le temps qui défile inexorablement depuis la sortie de la chanson en 1975...

TRACK LIST

  • 01. Don't Cry No Tears
  • 02. Danger Bird
  • 03. Pardon My Heart
  • 04. Lookin' for a Love
  • 05. Barstool Blues
  • 06. Stupid Girl
  • 07. Drive Back
  • 08. Cortez the Killer
  • 09. Through My Sails