PINK FLOYD

3,5 étoilesA Saucerful of Secrets
3,5 étoilesAtom Heart Mother
4,5 étoilesMeddle
3 étoilesObscured by Clouds
5 étoilesThe Dark Side of The Moon
5 étoilesWish You Were Here
5 étoilesAnimals
4,5 étoilesThe Wall
3 étoilesThe Final Cut
4 étoilesA Momentary Laps Of Reason
4 étoilesThe Division Bell
3,5 étoilesThe Endless River

PINK FLOYD
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A Saucerful of Secrets

3,5 étoiles
PINK FLOYD - A Saucerful of Secrets

Rock Progressif

Chronique publiée en Juillet 2026


Les deux premiers albums de Pink Floyd resteront à jamais intimement liés... Tout d'abord parce qu'ils s'occupent de lancer le groupe le plus mythique de l'Histoire (à mon avis)... Ensuite, car ils constituent des marqueurs de référence universels de la musique psychédélique... Et enfin, parce qu'ils matérialisent l'établissement tragique et définitif du line-up du groupe, avec un Syd Barrett en leader affirmé sur « The Piper at the Gates of Dawn », qui sera rapidement remplacé un an plus tard par son ami d'enfance, David Gilmour, sur « A Saucerful of Secrets » sorti en 1968...
...A vrai dire, « The Piper at the Gates of Dawn » ne m'a d’ailleurs jamais convaincu personnellement, alors qu'il reçoit traditionnellement les éloges les plus unanimes de la presse internationale. De très nombreux classements le placent devant son successeur, sans que j'arrive pourtant à comprendre l'immense aura dont il bénéficie. J'en arrive donc à m'interroger sur la possible confusion pouvant exister entre la qualité artistique intrinsèque du disque d’une part, et d’autre part sa dimension historique évidente… Or il me semble que c’est plutôt cette dimension historique qui est en fait privilégiée par le plus grand nombre (mais chacun aura bien sûr son opinion à ce sujet !).
À l'inverse, « A Saucerful of Secrets » m'a tout de suite tapé dans l'oreille, et c'est d'ailleurs à cette occasion, via le dos de sa pochette, que j'ai appris l'existence de Syd Barrett, crédité comme auteur de "Jugband Blues", un titre un peu improbable et assez différent du reste de l'album... Un titre que le groupe a en réalité laissé en hommage à son premier compositeur, in fine évincé pour cause de comportement erratique lié à sa consommation de LSD...
Signalons au passage que sur cette illustration, le nom de Gilmour (dont la destinée, elle, relèvera par la suite quasiment de la mythologie) était mal orthographié par erreur, inconnu qu'il était à cette époque-là...

PINK FLOYD - A Saucerful of Secrets


Sans vouloir trop développer ici le sujet, mais de même que pour « The Piper at the Gates of Dawn » , je dois avouer que ne suis pas vraiment en phase avec le statut sacré et légendaire accordé à Syd Barrett... J'ai bien sûr compris l'artiste complet et novateur qu'il était via différents reportages et lectures, mais d'un point de vue musical, j'estime que ses comparses ont atteint une envergure d'un tout autre calibre que le sien. Dit autrement, si Syd Barrett a joué ponctuellement un rôle déterminant, il reste selon moi globalement étranger au génie accordé à Pink Floyd en général.
Après, bien sûr, l’histoire du bonhomme est incroyable… Et elle se conclura malheureusement pour le groupe par la vision terriblement déchirante d’un ami d'enfance qui part totalement en vrille... A noter que c'est d'ailleurs ce traumatisme persistant qui participera, longtemps après, à la création d'un des plus grands disques de l'histoire, « Wish You Were Here »...

Pour en revenir à l'album qui nous intéresse ici, « A Saucerful of Secrets » est concrètement un des rares albums de Rock Psychédélique que je considère vraiment comme remarquable. Des morceaux psychédéliques, on en trouve des magnifiques un peu partout, mais les assembler dans un recueil cohérent n'est pas si simple... et Pink Floyd a ici accouché d'une petite merveille...

Par ailleurs, dès le solo de basse de Waters sur "Let There Be More Light", on perçoit bien que Pink Floyd vient de prendre son envol bien à lui, comme une entité sonore remarquablement différente du reste du monde, avec sa signature franchement à part et son style résolument ambitieux… Le morceau est sorti en 1968, et cette introduction a pourtant conservé tout son mordant, encore aujourd'hui. En quelques secondes, on ressent également l'influence capitale de Rick Wright aux claviers... Le tout se conjugue dans un morceau bien barré, magnifié par les sursauts chantés collectivement, et s'achève par un dernier passage qui maintient habilement la cohésion de l'étrange...

Mais déjà, à l'inspiration de Waters répond dans la foulée la composition de Wright... "Remember A Day" nous fait doucement vaciller au cœur d'un bien-être harmonique construisant un cocon qui nous rassure, sans pour autant masquer un monde extérieur aux abois... avec néanmoins la douce sensation de se retrouver en suspension, dans une bulle imperméable aux intempéries…
Le claviériste va d'ailleurs récidiver en fin d'album, avec "See-Saw", plus légère, en symbole de l'émancipation de l'adolescence vers un monde aux réalités naissantes...

Reste que c'est bien Waters qui va proposer la pièce emblématique de cet opus : "Set the Control for the Heart of the Sun" est moins longue qu'il n'y parait, mais son approche hypnotique renforce immanquablement sa dimension étonnamment attractive. Wright a d'ailleurs également probablement beaucoup œuvré pour transcender le tout...
Le développement est vraiment très réussi, comme un voyage initiatique dont les sonorités tournées vers l'Orient engendrent un trip éminemment planant... Une sorte de transe cosmologique éclairée, à la fois subtilement monotone et étrangement prenante...

Interlude avec "Corporal Clegg", une des premières expérimentations de Waters dénonçant l'absurdité et les conséquences de la guerre... Un thème qui, chez lui, deviendra récurrent et qui trouvera une forme d'aboutissement dans « The Final Cut », 15 ans plus tard...
La fanfare militaro-absurde, renforcée par le Kazoo de Gilmour, personnifie le tournoiement de la déchéance humaine, entre mutilation, abandon de la société, alcoolisme et aliénation...

Reste alors un intense effort collectif à aborder... Le morceau qui a donné son nom au disque, "A Saucerful of Secrets"... Une longue méditation psychique dans laquelle on peut presque deviner certaines prémices du légendaire "Echoes", qui suivra longtemps après...
Il est assez surprenant de prendre conscience qu'aussi énigmatique soit-elle, la composition s'écoute très bien de bout en bout... enfin, au moins pour qui s'est laissé apprivoiser, et sachant quand même qu'on ne pourra pas mettre ça entre toutes les oreilles, bien sûr...
Forme de confusion mentale en recherche constante des limites d'une démence tourmentée, le morceau se déploie sur plusieurs phases, comme un rêve qui avance sans qu'on ne puisse déceler les moments de sommeil des moments d’éveil... Dans la dernière partie, Wright à la manœuvre fait progressivement transiter ce côté dérangeant vers une majesté de cathédrale, à la nef abyssale et à l'orgue projetant le souffle de ses tubes vers une galaxie illuminée... Il parvient à tirer de cette convergence une atmosphère totalement mystique, cumulant nappes, chœurs et colonnes musicales dans une création dont la puissance et la sérénité se révèlent d'une portée profondément inaccessible à l'humanité...

...L'ère Pink Floyd est désormais résolument engagée... À travers ce superbe album, le groupe s’élance dans sa forme définitive, avec une première apparition somme toute plutôt discrète de Gilmour, comme l'acte de naissance d'un artiste dont il est encore impossible de deviner l'incroyable destin... Grâce à une émanation aussi pénétrante qu'intrigante, et en réussissant à allier caractère hors norme et véritable plaisir d'écoute, la formation vient de poser les premières bases d'un voyage qui l'emmènera, pas à pas, vers les sommets les plus imprenables du génie musical...

TRACK LIST

  • 01. Let There Be More Light
  • 02. Remember a Day
  • 03. Set the Controls for the Heart of the Sun
  • 04. Corporal Clegg
  • 05. A Saucerful of Secrets
  • 06. See-Saw
  • 07. Jugband Blues